En effet, d’autres modèles proposant des sources du droit de punir extérieures au cadre fermé du juridique peuvent sembler aussi légitimes : ainsi de la colère et de la vengeance à l’origine du châtiment chez Nietzsche ; ou l’examen de la dynamique historique du droit de punir au sein du mouvement général de l’institution d’une société disciplinaire chez Michel Foucault. L’ambiguïté au cœur de la science selon Gaston Bachelard, 2. Il n’existe donc pas d’actes « contraires au droit » mais des actes sanctionnés par une peine. Mélenchon et Le Pen, ce n’est pas pareil ! Le droit est un ordre de contrainte normatif. Posté dans Comment fonder le droit de punir ?, Ils pensent, Tagué Châtiment, Crime, Droit, Emmanuel Kant, Friedrich Nietzsche, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Hannah Arendt, Hans Kelsen, Jeremy Bentham, Justice, Loi, Michel Foucault, Philosophie, Politique, Prison, Punir, Pingback: Comment fonder le droit de punir ? Précédent : 1. A contrario, la justice est l’œuvre de « l’homme actif » (« fort, spontané, agressif ») contre « l’homme réactif », afin d’éliminer les tendances à la vengeance. Il s’agit donc d’un choix à la fois philosophique et politique. L’euthanasie devient pour lui geste d’humanité et son discours rejoint celui d’autres criminels de guerre pour qui leur attitude est plus scientifique et plus avancée que l’opinion publique. Celui qui a des droits garantis par la loi a aussi des devoirs. Sujet : Sur quoi fonder le droit de punir ? 13 à 15, [4] Emmanuel Kant, Métaphysique des mœurs, Première partie : Doctrine du droit, Annexe E, Vrin, [5] Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Principes de la philosophie du droit, §100, 101 et 220, Quadrige, [10] Hans Kelsen, Théorie pure du droit, Dalloz, p. 128, [13] Michel Foucault, op. L'état de droit a pour corrélat la mise en place d'un pouvoir de rendre la justice: le pouvoir judiciaire. A contrario, les sanctions immanentes se réalisent dans le cadre de la société, dans le monde terrestre, ainsi par exemple de la vendetta. Engagement, Malaise dans la représentation : 3. Lorsque le crime est au-delà de toute mesure, au-delà de toute réparation, au-delà de tout châtiment humain, comment punir, étant donné que la proportionnalité est impossible (d’autant plus si la peine de mort est interdite) ? [30] Voir la série de billets consacrée au concept de monde commun selon Hannah Arendt : C’est la norme qui rend ainsi la sanction légale. Non ! Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications. Enfin, comme le montre Hans Kelsen [10], l’imputation de la sanction se fait sur la cause immédiate, c’est-à-dire l’action illicite, et non sur les causes médiates. Son excès de modestie semble prévenir tout sentiment de culpabilité. Par ailleurs, les effets de bord induits par des changements d’échelle montrent d’autres difficultés quant à la fondation du droit de punir : quelle proportionnalité adopter lorsque le crime lui-même se fait crime au-delà des crimes et nie jusqu’à l’humanité d’individus ou de groupes entiers d’individus ? Fausses libertés et vraies inégalités, Misère de l’économicisme : 2. En effet, l’individualisation de la peine, qui va de pair avec l’idée d’une correction possible des individus par un système disciplinaire, répond à l’introduction du biographique dans le pénal. cit., titre IV, chap. La communauté se renforçant, les punitions se font plus douces et le droit pénal évolue vers plus de compromis, de proportionnalité et la protection des criminels contre la vengeance des victimes. Tentative de conciliation des approches de Popper et Kuhn, 5. Selon Nietzsche, cette idée du sentiment de culpabilité serait nouvelle : pendant longtemps on n’a pas eu besoin d’y recourir pour justifier le châtiment, elle participe donc d’une évolution de la société. 1. A/ Légitimer un procès hors-normes »). … Le châtiment porte encore souvent sur lui mais plus aussi directement qu’auparavant : il devient l’intermédiaire par lequel passer pour atteindre la liberté de l’individu. l'emprisonnement n'est pas seulement un moyen de protéger la société en isolant les délinquants, mais un moyen de protéger les délinquants contre eux-mêmes en les "forçant à être libres" c.-à-d. à respecter la loi commune. Deux processus se recoupent ici : la fin de la peine-spectacle et l’effacement de la douleur. En effet, de ce point de vue, si les conséquences de la punition d’un innocent sont bénéfiques pour le bonheur public, alors il ne faut pas hésiter car ce sont les effets apparents de l’exemple sur le public qui comptent. La douleur est le moyen utilisé pour marquer la mémoire : « l’adjuvant le plus puissant de la mnémotechnique » [2]. Le premier repose sur le principe que le crime naît de l’oisiveté, il faut donc développer une pédagogie du travail car il est supposé que la correction des criminels est possible. Il déforme Kant en considérant que non seulement il faut obéir à la loi mais « agir comme si l’on était le législateur des lois auxquelles on obéit » [21]. La tentative du positivisme juridique Le lien collectif opère en actes et s’applique donc à la réalité visible, sensible. – Introduction | CinciVox, Comment fonder le droit de punir ? L’utopie comme évasion de l’imaginaire, 3. Hegel [5] prolonge quant à lui cette réflexion sur la proportionnalité en montrant que comme la peine doit nier la négation imprimée par le crime, elle doit être exactement proportionnée à celui-ci. En réalité, c’est parce que le droit y a attaché des actes de contraintes qu’une action ou une abstention est un délit. « Les effets latéraux » : ce n’est pas tant sur le coupable que la peine doit agir en exemple (d’autant plus s’il est incapable de récidiver), mais sur les témoins susceptibles de répliquer le crime ; ce sont eux que la peine doit symboliquement viser. Foucault [6] montre que c’était déjà le cas avant la réforme, mais la peine était alors la réplique du crime lui-même : l’exposition publique du pouvoir de punir avait pour but une démonstration de force censée décourager la réplication du crime. 5. C’est sur elle que se fonde le droit de punir. Les intérêts de ce système sont la diminution des coûts des poursuites criminelles, celle des remises d’impôts des propriétaires volés, la formation de nouveaux ouvriers et l’attribution de la charité aux vrais pauvres. D’autant plus si l’on s’interdit la peine de mort et les punitions disproportionnées ? De quelle façon et dans quel but? Changer ), Vous commentez à l’aide de votre compte Google. L’idéologie comme construction d’une image commune, Accattone : revue littéraire et culturelle, Concentré poétique… de petites rimes à breloques, Irréductiblement féministe ! Précédent : Introduction La nécessité de fonder le droit de punir en raison est apparue avec la réforme juridique de la fin du XVIII e siècle, afin de confisquer aux individus leur droit de se venger dans une société qui ne tolèrerait plus la violence individuelle, mais aussi de le débarrasser de l’arbitraire du souverain et de neutraliser en lui les racines religieuses, voire morales. Pour lui, « le sentiment réactif est la toute dernière conquête de l’esprit de justice ! Le tribunal a donc reconnu que l’accusation n’avait pas su démontrer sa thèse. Ils doivent profiter à tous puisque c’est le public la cible la plus importante de la punition. 27, Posté dans Comment fonder le droit de punir ?, Ils pensent, Tagué Châtiment, Crime, Droit, Emmanuel Kant, Friedrich Nietzsche, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Hannah Arendt, Hans Kelsen, Jeremy Bentham, Justice, Loi, Michel Foucault, Philosophie, Politique, Prison, Punir, Pingback: Comment fonder le droit de punir ? Les limites du droit - Le droit peut-il se mêler de tout ? Dès lors on ne peut attaquer la validité d’un ordre juridique positif sur le contenu de ses lois. La prison apparaît dès lors comme la dernière étape d’un système de sanctions qui joue dans tous les domaines sur le même principe disciplinaire. Celui qui a des droits garantis par la loi a aussi des devoirs. Conclusion: Il n'y a de droit de punir qu'autant que ce droit se fonde sur un devoir. Ils l’acquittent ainsi de certains crimes particuliers et abandonnent surtout l’accusation de « conspiration », qui aurait fait d’Eichmann un des principaux criminels de guerre, responsable de tout ce qui avait trait à la Solution finale. Dans ce cadre, la justice apparaît comme un instrument au service du triptyque prison-police-délinquance : elle apporte la caution légale à l’ensemble du système. L’analogie du crime et du châtiment sert à la transparence du lien qui les unit, elle ne correspond plus à une vengeance opposant deux atrocités comme dans le cas du supplice. Si au Moyen Âge l’objet était d’établir la vérité d’un crime, de déterminer son auteur et d’appliquer une sanction légale, dorénavant l’introduction de nouveaux éléments modifie la question de vérité pour chercher la causalité du crime à l’intérieur du criminel. Enfin, le modèle de Philadelphie, mis en place par des quakers qui connaissaient les autres modèles, insiste sur un emploi du temps strict et une surveillance constante. Si elle s’est parfois révoltée, ce n’était pas contre le meurtre, mais contre celui de Juifs allemands qu’il concevait différents, par exemple des Juifs de l’Est, parce qu’ils partageaient sa culture. Changer ), Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Nietzsche décrit l’origine du droit à travers un mythe fondateur. Par exemple, l’expert psychiatre, « conseiller en punition » chargé de donner un argument d’autorité sur la meilleure procédure à suivre avec le criminel représente l’introduction dans le système juridique d’un élément non-juridique. 5. Au contraire : châtiments, prisons ou bagnes renforcent la détermination, d’autant plus que le condamné voit justifiées dans le sein de la justice des actions qu’elle condamne par ailleurs. Morale, Malaise dans la représentation : 2. Par le pouvoir judiciaire, la société se donne les moyens de contraindre les individus à faire leurs devoirs en respectant la loi. L’individu devient objet de connaissance, non en tant que sujet juridique, mais en tant que condamné : cela n’a rien à voir avec sa peine, avec son crime, mais seulement avec la mécanique interne de la prison. Dans le monde, les relations de moyen à moyen prévalent et les relations humaines sont en général instrumentalisées. Ce ne peut donc être le travail des juges, mais des personnels liés à la prison (directeur, surveillants, aumônier, instituteur, psychologue…). En effet, la peine renvoie immédiatement à l’idée de faute par une interprétation religieuse : un malheur est interprété comme châtiment d’une faute éventuellement commise sans connaissance des règles (« quelle faute ai-je donc commise ? A/ Le spectacle de la violence Au contraire, en général, le degré de responsabilité augmente à mesure qu’on s’éloigne de l’homme qui manie l’instrument fatal de ses propres mains. Or, dans l’application de la peine au sein de ces modèles de prison, l’opération ne se fait pas sur des représentations mais sur les corps, modulée par la durée et la répétition des gestes et des activités – comme dans tout système disciplinaire. Au cœur de la punition ne se trouve donc plus le corps supplicié mais sa représentation. Si l’objectif de Kelsen est de construire un droit auto-légitimé ne trouvant son origine dans aucune autre sphère que juridique, il ne peut faire reposer le droit de punir que sur une « norme fondamentale supposée » qui ne légitime pas de façon totalement convaincante la sanction. Bien que l’évolution soit irrégulière entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, dans l’ensemble ces modifications sont à peu près acquises en Europe en 1848 : la société punitive est née. Impossible de partager les articles de votre blog par e-mail. Enfin, avec l’extension à l’ensemble de la société du « continuum disciplinaire », le délinquant appartient au réseau carcéral de l’ensemble des institutions disciplinaires : il n’est donc pas hors-la-loi mais bien au cœur de la loi. Celui-ci est « fontaine de justice » : il est le fondement du droit en même temps que celui qui l’applique. De fête rituelle, la punition devient école. Avertissez-moi par e-mail des nouveaux articles. On joue ici sur des exercices, des formes de coercition. Or la morale est avant tout jugement de valeur, relative au milieu et à l’individu. Mais en réalité, ce n’est pas la souffrance du criminel qu’il s’agit de limiter, mais l’effet retour sur les juges et le public, c’est-à-dire sur le corps social : il ne faut pas favoriser son endurcissement ni sa pitié par le spectacle de châtiments trop disproportionnés. Home; Shop; Franchise Opportunities; Accessories. Or cette théorie impliquerait qu’aucun supérieur d’Eichmann, jusqu’à Hitler lui-même, n’aurait pu être jugé par un tribunal [20]. Outre la question de la définition préalable du criminel, la rationalisation croissante du droit, et singulièrement du droit de punir, demande à l’expertise scientifique de se mettre également au service de l’individualisation des peines dans la connexion factuelle du criminel au crime. La réponse aux revendications des ouvriers contre cette concurrence déloyale se tient à l’argument que le travail effectué en prison est anecdotique au niveau de l’économie nationale, il ne peut donc être accusé de provoquer du chômage. Si la contrainte physique est une réaction de la société à des comportements qu’elle juge nuisibles, elle n’intervient donc qu’en cas de résistance aux normes prescrites, ce qui signifie qu’elle n’appartient pas au normal mais à l’exception. » [15] La contrainte, la punition est donc intrinsèquement liée à la définition de l’acte illicite, donc du droit : il ne peut y avoir de droit sans sanction. S’agissant d’un ordre normatif de contrainte, la punition y est nécessairement liée, néanmoins elle présente ici un autre aspect : elle ne sanctionne pas seulement la violation des règles, mais la non-conformité au système lui-même, au-delà des interdictions explicites ou implicites. En cela ces modèles peuvent apparaître comme l’institutionnalisation des pensées des réformateurs. Affirmer la justice d’un ordre social ne serait qu’un jugement de valeur relatif : Saint Augustin se réfère au Dieu judéo-chrétien pour définir la justice, et non aux autres dieux. – 2. Elle semblait donc doublement disqualifiée a priori puisqu’il ne s’agissait pas d’une peine – elle ne sert en effet qu’à disposer d’un individu – et que lorsqu’elle fait office de peine, elle porte en elle l’arbitraire. La proportion ne doit pas tant être cherchée dans le rapport entre la punition et le crime qu’entre leurs effets respectifs : un crime doit être d’autant plus puni qu’il peut servir d’exemple. Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter: Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. En effet, celle-ci réalise la correspondance des deux lignes d’objectivation des criminels proposées par les réformateurs du XVIIIe siècle : le « monstre » qui brise le contrat social et le sujet juridique corrigé par la punition [13]. Dissertation corrigée sur le sujet : Peut-on fonder le droit de punir ?, proposée par Carole Bline (professeur). Dans le contexte social de développement économique du XIXe siècle déjà exposé par Foucault, certains groupes de populations sont désignés comme dangereux dans la course à la modernité et deviennent objets de punition au nom du progrès de la société. Le ciel de Leyenda : Anecdotes et histoires (Gavroche), Le sens des mots : mots, littérature et société, Les mots délicieusement surannés : dictionnaire raisonné des mots surannés et expressions désuètes, Philitt : philosophie, littérature, cinéma, Un philosophe : mondanités avant l'apocalypse. D’où les travaux forcés : le condamné travaille dans l’intérêt de tous et en même temps renvoie publiquement un signe, une représentation du châtiment. Les éléments les plus importants ont d’ailleurs été apportés par Eichmann lui-même durant sa comparution à la barre. L’intime et le monde commun, entre ombre et lumière Il appartient à un type d’ordre social qui sanctionne par des peines désavantageuses les conduites inverses, la sanction étant instituée pour déterminer par la crainte le comportement individuel et prévenir les comportements non conformes. Santé publique : entre empoisonneurs et obscurantistes ? La sortie du cadre juridique | CinciVox. Le tournant de la « modernité » selon Alexandre Koyré, 6. Dorénavant, une sublimation de la douleur est nécessaire pour justifier le plaisir qu’elle provoque en l’homme. Et pourquoi pas ? 1 implique un devoir social de protéger les individus en préservant l'ordre. Cette normalisation doit s’opérer par l’incarcération, la prison devenant acteur direct du travail de standardisation. Élection, Malaise dans la représentation : 4. 5. Un criminel est puni parce qu’il est fauteur de trouble, et non pas pour un quelconque bien-être public. En cela un ordre juridique est « dynamique » : la validité des normes ne vient pas de ce qu’on pourrait logiquement déduire leur contenu de la norme fondamentale. Eichmann assurait n’avoir fait qu’« aider et encourager » les crimes commis, ce que réfutait le procureur. – 2. L’ambiguïté au cœur de la science selon Gaston Bachelard, 2. L’édification du monde commun Que sont les combats féministes devenus ? Il ne s’agit donc en aucun cas de punir parce que le coupable serait responsable de ses actes et aurait eu le choix d’agir en fonction de la loi. La communauté, du fait qu’elle assure paix et sécurité à ses membres, se trouve elle aussi dans un rapport de créancier et débiteur et, comme les individus, en cas de non-respect du contrat, elle cherche à se faire rembourser. En effet, la réforme de la fin du XVIIIe siècle se formule dans la théorie du contrat. La vie moderne : ce qui est moderne peut (aussi) être idiot. L’exercice de la justice à un caractère. ( Déconnexion /  Pour être efficace, la peine ne doit pas être inférieure au bénéfice que procure le crime pour celui qui l’exerce. Troisième objection, la légitimité de l’enlèvement et du tribunal israélien : Arendt cite l’exemple de Shalom Schwartzbard [19] dans le Paris des années 1920 et montre que les circonstances sont totalement différentes de l’Argentine des années 1960 d’où toute extradition aurait été impossible. La punition fonctionne comme autant de « signes-obstacles » destinés à prévenir les crimes. Par ailleurs, elle n’introduit aucun élément étranger au droit positif : encore une fois, la question de la justice de la Constitution ne se pose pas. Dans la théorie kelsénienne, le droit est également indépendant de la justice. Sur ce dernier plan, l’incarcération perpétuelle serait d’après lui sans doute plus efficace. La collectivité juridique possède l’exclusivité de la contrainte, en accord avec la définition wébérienne de l’État : le monopole de la violence physique légitime. II. B/ Définir l’acte illicite La grâce n’est autre que cette fin de la justice. Cette incursion du psychologique ouvre la porte à la criminologie et brouille les pistes : ce ne sont plus un acte et des circonstances que l’on doit juger, mais un individu qui porte derrière lui toute une vie. On peut fonder logiquement le contenu d’une norme sur l’obéissance à Dieu ou aux coutumes – mais pas un ordre juridique. La défense d’Eichmann se fonde sur la question des crimes d’État : crimes pour lesquels le vainqueur est décoré et le vaincu puni. Et lorsqu’il viole la loi en aidant des Juifs, il se confesse à ses supérieurs : il n’a fait que son « devoir ». Mais pour l’heure, cette théorie s’inscrit dans le contexte social où l’idée de progrès porté par les individus sert de moteur à la société, et où la reconnaissance préalable de criminels « naturels » permet la hiérarchisation et l’individualisation des peines. Instances habilitées à exercer la justice, Dans nos sociétés, la justice est une institution étatique. Les États forts se trouvant du côté des vainqueurs, se pose la question du « deux poids, deux mesures ». Hitler n’est pas arrivé au pouvoir démocratiquement, Malaise dans la représentation : 6. 3. Comment la recherche meurt de la technocratie et du management, Consentement à l’impôt et justice fiscale. Cette transformation des prisons en ateliers alimente au XIXe siècle l’opposition ouvrier-détenu. L’objet de la réforme n’est donc pas tant la fondation d’un nouveau droit de punir que de répondre à cette mauvaise distribution du pouvoir de châtier entièrement dévolu au monarque. L’intime et le monde commun, entre ombre et lumière, 3. la peine de mort est incompatible avec cette finalité. La peine de mort est-elle compatible avec notre conception de la finalité de la peine? Ils le déclarent en revanche coupable des autres chefs d’accusation : quatre pour des crimes contre le peuple Juif – il est ainsi jugé coupable pour les faits postérieurs à 1941, c’est-à-dire lorsqu’il était informé de l’ordre de Hitler – ; huit pour crimes contre l’humanité au sens israélien – par conséquent un certain nombre de crimes relevant des premiers chefs d’accusation se retrouvent dans ceux-ci – ; et les trois derniers pour son appartenance à trois des quatre organisations classées criminelles par les procès de Nuremberg. En revanche, en réintégrant ces crimes dans l’ordre de l’humain, c’est-à-dire en acceptant la « banalité du mal » [16], la responsabilité du jugement est rendue à l’homme. Bentham s’intéresse plus aux conséquences de la peine qu’au principe même de punir. La Constitution est la norme fondamentale d’un ordre juridique étatique. La nécessité de fonder le droit de punir en raison est apparue avec la réforme juridique de la fin du XVIIIe siècle, afin de confisquer aux individus leur droit de se venger dans une société qui ne tolèrerait plus la violence individuelle, mais aussi de le débarrasser de l’arbitraire du souverain et de neutraliser en lui les racines religieuses, voire morales. La publicité se déplace sur les débats et la condamnation tandis que l’exécution de la sentence devient cachée et la peine administrative, bureaucratique. L’établissement de la Loi est ainsi le moyen ultime d’élimination du ressentiment par l’institutionnalisation définitive de l’autorisé et de l’interdit, c’est-à-dire du juste et de l’injuste. La loi doit retrouver l’ordre précédent de façon à la fois objective et subjective. Il ne s’agirait pas par l’emprisonnement de supprimer les infractions ou de corriger des individus, mais de gérer les illégalismes. I. Au bourreau se sont substitués un grand nombre de personnels divers dont le but principal est l’effacement de la douleur. – Introduction | CinciVox, Pingback: Comment fonder le droit de punir ? Le criminel doit être puni pour la seule raison qu’il a commis un crime. Cette redéfinition du droit de punir à la fin du XVIIIe siècle repose sur le principe rationnel de proportionnalité de la sanction au crime, sur l’exemple de la loi du talion. Le rôle de la prison est théorisé par Howard et Blackstone en 1779 autour d’une triple fonction [7] : elle doit servir d’exemple redoutable, être un instrument de conversion, ainsi qu’une condition pour un apprentissage. Le nécessaire fondement en raison | CinciVox, Comment fonder le droit de punir ? – 2. Les normes sont fondées parce qu’elles sont créées selon la manière définie par la norme fondamentale. Et c’est pour cela qu’Eichmann aurait dû être exécuté : « on ne peut attendre de personne […] qu’il veuille partager la terre avec vous ». Or cela ne peut être réalisé que durant l’incarcération, c’est-à-dire après le jugement. La vérification e-mail a échoué, veuillez réessayer. Foucault affirme ainsi qu’en fait elle ne juge pas au nom du Code mais au nom de la discipline. Ainsi les juges ne font-ils que de rares tentatives pour ramener le procès dans le cadre des procédures juridiques classiques. – Introduction | CinciVox, Pingback: Comment fonder le droit de punir ? Celle-ci se trouve par exemple dans le Code pénal qui vaut parce que le corps législatif l’a adopté et qu’il était fondé à le faire par la Constitution. En effet, un crime étant une négation que l’ordre juridique doit à son tour nier, le droit pénal est parfaitement cristallin : il doit (re)produire l’équivalent de ce qui était antécédent au crime. L’ordre normatif ordonne une conduite précisément en attachant une sanction à la conduite inverse : il prévoit donc bien le délit et ce faisant le définit par l’exposé de la sanction. Ainsi, la perte pour le créancier liée au non-respect du contrat peut être équilibrée par la douleur qu’il inflige au débiteur : faire souffrir – ou voir souffrir – offre un plaisir qui équilibre la perte. Le pouvoir de punir s’insère ainsi dans le tissu de la société et devient parfaitement discret, en opposition complète avec le spectacle de la vengeance du souverain [14]. Il s’agit ainsi, à travers la punition d’un crime, de prévenir des crimes semblables. L’extension du privé, entre intime et public cit., p. 112 à 120, [15] Hans Kelsen, op. Avec l’extension de la place de la prison au sein des peines, le mouvement général se révèle donc être non pas tant celui de la diminution quantitative de la souffrance dans la peine, mais plutôt le déplacement de l’objet de la punition du corps vers l’âme. Or plusieurs conditions doivent être réunies pour le bon fonctionnement de ces signes-obstacles [14] : La punition répond à un acte jugé nuisible par la société et, réciproquement, une conduite est prescrite par le droit parce que la communauté la tient pour précieuse pour le collectif. Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com. Le condamné doit réapprendre les vertus du travail et retrouver sa conscience religieuse. Le nécessaire fondement en raison, Bataille culturelle et guerre idéologique. Car ces crimes furent commis en masse, non seulement du point de vue du nombre des victimes, mais aussi du point de vue du nombre de ceux qui perpétrèrent le crime et, pour ce qui est du degré de responsabilité d’un de ces nombreux criminels, quel qu’il soit, sa plus ou moins grande distance par rapport à celui qui tuait effectivement la victime ne veut rien dire. Le nécessaire fondement en raison. La cour d’appel revisite le jugement de première instance et adopte les théories de l’accusation et même son langage : Eichmann était son propre supérieur et montrait un « zèle fanatique » et une « inextinguible soif de sang » [28]. Le système judiciaire se voit contraint d’en appeler à une légitimation « scientifique » extérieure pour pouvoir évaluer l’individu, et non plus la seule réalité d’un crime. Épilogue : fuir le monde commun pour jouir du privé ? – Introduction | CinciVox, Comment fonder le droit de punir ? La seconde est autrement bénéfique parce qu’elle induit une autocensure, une résistance au désir d’augmenter son plaisir par la souffrance des autres. En opposition frontale avec l’utilitarisme à la Bentham, la pensée de Kant [4] repose sur une position principielle. Il n’y a donc aucune possibilité d’un quelconque contrat puisqu’ils imposent l’ordre par la violence, sans idée de responsabilité ou de culpabilité. En effet, pour les anciens comme pour les chrétiens, la douleur fait sens, qu’elle soit spectacle à destination des dieux (et des poètes) témoins des vertus des premiers, ou chemin vers le salut des seconds. Les disciplines devaient au départ neutraliser les dangers, elles prennent un aspect positif de rentabilisation de l’individu rendu utile, opérant ainsi un passage de justifications négatives à des objectifs positifs. Friedrich Nietzsche (1844-1900) pense que la punition est surtout la concrétisation d'un goût de l'homme pour la cruauté et le sang. Avec la punition, le citoyen égaré se réconcilie avec la loi, c’est lui qui s’applique sa propre peine par l’intermédiaire de l’État dont il est citoyen. On ne se fait pas justice soi-même. Eichmann ne se sent donc pas coupable : qui aurait-il été pour juger alors que toute l’élite était d’accord ? La première concerne la rétroactivité des lois appliquées. Or l’exercice, comme l’ont montré les exemples des différents modèles de prison, se réduit le plus souvent au travail : en sortant les détenus de l’oisiveté, le travail leur donne de « bonnes » habitudes et participe à leur réhabilitation. Compétence, Vote électronique : l’ère de la démocratie-gadget, La République à la reconquête de ses territoires perdus, Le jour d’après sera pareil à la nuit d’avant, Misère de l’économicisme : 5. Eichmann avait une conscience mais elle semblait s’être mise à « fonctionner à l’envers ». La norme fondamentale légitime ainsi une Constitution déterminée. Bien qu’ils aient toujours lutté contre l’idée de la prison comme châtiment généralisé régnant sans partage sur tout le spectre de la punition, c’est rapidement ce qui se passe : la détention s’approprie presque tout le champ des peines dès le Code de 1810. On ne peut donc juger de la validité d’une norme juridique qu’en fonction de la loi fondamentale sur laquelle elle repose et non sur un principe extérieur au système juridique auquel elle appartient. En outre, la peine doit être atténuée avec le temps : elle doit s’adoucir à mesure que ses effets correctifs se font sentir. Cet impératif catégorique du désintéressement est condition de la liberté. - Comment punir ? Cesare Lombroso et son école positiviste d’anthropologie criminelle soutiennent que certaines anormalités physiques entraînent des anormalités comportementales : il faut donc chercher les signes physiques de criminalité chez les individus.